"Jules est parti le matin du 4 août et a laissé derrière lui un vide si grand que toute la maison a semblé encore le ressentir plusieurs jours après, comme si on avait vidé tous les meubles, débarrassé toute la maison de ses buffets et de ses armoires, comme si elle avait été vidée entièrement et que maintenant elle résonnait comme une maison abandonnée ou désertée - non pas ouverte à tous les vents, ont pas comme une ruine, mais plutôt impressionnante et nue comme une sorte d'église, de cathédrale, comme si l'espace s'y était exagérément agrandi et que c'était la sensation de cet élargissement qui devait paralyser et surprendre ceux - ou plutôt celles - qui y étaient restés." (p.298/299) Mauvignier, qui manie une plume littéraire magnifique, raconte dans ce roman volumineux l’histoire de sa famille, où les (arrière-)grands-mères jouent un rôle particulièrement important. Le récit reste captivant jusqu’à la dernière lettre et entraîne complètement le lecte...
Ce livre de l’auteur belge Jacqueline Harpman, paru dès 1995 et devenu un best-seller international, a été pour moi une véritable découverte. Quelle excellente initiative de le rééditer et de le remettre en lumière dans les médias (une adaptation cinématographique est d’ailleurs prévue cette année). Je regrette aussi de n’avoir jamais entendu parler auparavant de cette écrivaine : nous négligeons décidément trop souvent notre propre patrimoine culturel belge. Il s’agit d’un roman haletant, à la frontière de la science-fiction et du thriller. Et pourtant, à bien y regarder, il ne s’y passe presque rien : le vide domine, un paysage désertique, sec et désolé, sans variations climatiques notables ni événements soudains. Mais c’est précisément cette absence qui confère au roman une atmosphère oppressante, presque claustrophobique. Que s’est-il passé ici ? Où sommes-nous ? Sommes-nous encore sur la planète Terre ? Aucune réponse claire n’est donnée à ces questions. Seulement des sugges...