C'est là que j'ai commencé à soupçonner Poutine d'appartenir à ce que Stanislavski appelait la race des grands acteurs. Il y a, voyez-vous, trois types d'interprètes. (...) Comme tous les grands politiques, il (Poutine) appartient au troisième type : l'acteur qui se met lui-même en scène, qui n'a pas besoin de jouer parce qu'il est à tel point pénétré par le rôle que l'intrigue de la pièce est devenue son histoire, elle coule dans ses veines. Quand un metteur en scène se trouve avoir entre les mains un phénomène de ce genre, il n'a presque rien à faire. Il doit se contenter de l'accompagner. Éviter de lui compliquer la vie. Lui donner une petite poussée de temps en temps, légère. (...) Aux commandes, il y avait déjà Poutine. Seul." (p. 118/119) C’est ainsi que parle Vadim Baranov, un personnage fictif mais inspiré d’une personne réelle, dans ce roman politique captivant. Après une carrière de metteur en scène, Baranov est devenu le conseiller personnel de Poutine. Cependant, on ne peut pas le qualifier de confident ou d’ami de Poutine. Comme sous Staline, il fallait toujours attendre avec appréhension la réaction du dictateur ; même au sein de son cercle rapproché, il semait peur et terreur. Un journaliste français découvre la trace de Baranov, qui s’est déjà retiré dans une luxueuse villa. Baranov lui raconte toute son histoire : comment il a aidé Poutine à accéder au pouvoir et comment il a travaillé pendant des années en secret pour son maître. Le roman démarre assez lentement : la lecture est difficile et manque de rythme au début. Ce n’est qu’à l’apparition de Poutine que l’histoire devient vraiment captivante (peut-être aussi parce que ce personnage est d’une actualité brûlante). On plonge dans la psyché de cet homme étrange, et cela peut être troublant, effrayant. De plus en plus, Poutine semble être une copie de son prédécesseur, Staline. Da Empoli explique brillamment pourquoi. Le livre retrace l’histoire politique de la Russie des années 90 et au-delà, offrant un éclairage précieux pour mieux comprendre le conflit actuel en Ukraine avec une perspective nuancée. L’histoire des oligarques – parfois immensément riches, puis soudain rejetés et emprisonnés – est également bien développée. Si Baranov est un personnage fictif, les autres protagonistes sont réels ; il est intéressant de faire quelques recherches sur Wikipédia à leur sujet. Une scène particulièrement poignante montre Baranov dans une région conquise en Ukraine, tenant dans ses mains un bras en plastique arraché d’une poupée. Que lui ont apporté ces années passées dans l’ombre, si ce n’est la mort, le sang et la misère ?
Un roman typique de Foenkinos : légèrement ironique et pourtant un peu tragique, il raconte l’histoire de (l’imaginaire) Martin Hill, qui, lors du casting pour le rôle de Harry Potter, a fini deuxième favori. Cependant, il a perdu la bataille et c’est Daniel Radcliffe qui a décroché le rôle. Qu'est-ce que ça fait à un homme de rester « deuxième » ? Comment cela influence-t-il sa vie, ses affects ? Chez Martin Hill, cela dérape : il développe une phobie extrême de Harry Potter, au point que cela perturbe tout son monde émotionnel. Comme un possédé, avec l’aide de sa famille et de ses amis, il cherche un moyen de se débarrasser de son obsession. La solution arrive de manière plutôt logique, mais inattendue. Bien que l’histoire soit un peu faible – ce qui est souvent le cas dans les derniers livres de Foenkinos, dont je trouve toujours *La délicatesse* et *Les souvenirs* inégalés – le roman est néanmoins écrit avec énergie et mordant. Car c’est ce que l’auteur sait faire : ren...
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